Je sais ce que je veux… alors pourquoi est-ce que j’accepte encore ce qui ne me convient pas ?
Hier matin, j’ai eu une conversation qui m’a fait réfléchir.
Vous savez, ces conversations qui commencent tranquillement et qui finissent par vous faire cogiter alors que vous étiez simplement partie boire un café ?
C’est un peu mon problème : je peux parler de tout et, assez rapidement, me retrouver à analyser les mécanismes émotionnels de l’être humain. Promis, je ne le fais pas exprès.

Nous parlions des relations, de ce que l’on attend des autres, de ce que l’on accepte ou non, de nos besoins, de nos limites. Et cette phrase est venue : « Je sais pourtant très bien ce que je veux. Je sais ce qui est bon pour moi. Alors pourquoi est-ce que je me retrouve encore parfois à accepter des choses qui ne me conviennent pas ? »
Et je trouve cette question passionnante.
Parce qu’elle nous amène bien plus loin que la simple question de l’estime de soi.
On entend souvent qu’il faut « savoir ce que l’on veut », « connaître sa valeur », « poser ses limites », « ne plus accepter n’importe quoi ». Très bien. Sur le papier, tout cela paraît assez simple.
Dans la vraie vie, beaucoup moins.
Parce que connaître ses besoins et être capable de les respecter dans une relation sont deux choses différentes.
On peut parfaitement savoir que l’on a besoin de respect, de réciprocité, de considération, de communication ou de liberté… et continuer à se taire lorsque quelque chose nous dérange.
On peut savoir que l’on a besoin de repos et continuer à dire oui à tout le monde.
On peut savoir que l’on n’a plus envie d’être disponible pour quelqu’un et répondre quand même à son message par peur de le blesser.
On peut savoir qu’une situation professionnelle ne nous convient plus et continuer à serrer les dents pendant des mois.
On peut même savoir exactement ce que l’on attend d’une relation et se retrouver à faire des compromis qui, petit à petit, nous éloignent de nous-mêmes.
Alors pourquoi ?
Parce que dans une relation, nous ne sommes pas uniquement guidés par nos besoins.
Nous sommes aussi traversés par nos émotions, nos peurs, nos croyances, notre histoire, notre besoin d’être aimés, notre peur du conflit, notre culpabilité, notre envie de faire plaisir et parfois cette vieille croyance bien installée selon laquelle être une « gentille personne » signifie ne surtout pas déranger.
Et puis il y a cette fameuse peur de décevoir.
La culpabilité
Elle a quand même un talent assez remarquable pour nous faire croire que le simple fait de poser une limite fait de nous quelqu’un d’égoïste.
« Je ne peux pas venir ce week-end. »
« Je n’ai pas envie de faire ça. »
« Cette façon de me parler ne me convient pas. »
« Je préfère que tu ne me demandes plus ce service. »
« Non. »
Trois lettres. Un mot parfaitement légal dans notre langue française. Et pourtant, chez certaines personnes, le prononcer déclenche presque une alerte générale dans le système nerveux.
Alors on explique. On se justifie. On argumente. On s’excuse.
On ajoute trois paragraphes pour faire passer un simple « non » qui, à la base, n’avait pas besoin d’un dossier de vingt pages.
Et parfois, malgré tout, on dit oui.
Pas parce qu’on ne sait pas ce que l’on veut.
Mais parce que l’on ne sait pas encore suffisamment bien supporter ce que le fait de vouloir peut provoquer chez l’autre.
Et ça, c’est une nuance importante. Poser une limite, ce n’est pas seulement apprendre à dire non. C’est aussi apprendre à accepter que l’autre puisse être déçu. Qu’il puisse ne pas comprendre. Qu’il puisse ne pas être d’accord. Qu’il puisse trouver notre décision égoïste.
Qu’il puisse même nous en vouloir.
Et cela ne signifie pas nécessairement que nous avons mal agi.
C’est là que la responsabilité émotionnelle devient intéressante.
Je suis responsable de ce que je dis, de la manière dont je le dis, de mes choix, de mes comportements et de la façon dont je prends en compte l’autre.
Mais je ne suis pas responsable de tout ce que l’autre va ressentir en réaction à mes choix.
Et inversement, l’autre n’est pas responsable de toutes mes émotions.
C’est parfois difficile à entendre parce que nous avons souvent appris à fonctionner dans une logique beaucoup plus fusionnelle : « Si tu es triste, c’est que j’ai fait quelque chose de mal. Si tu es déçu, c’est que je dois réparer. Si tu es en colère, c’est forcément que j’ai dépassé une limite. »
Mais non.
L’autre peut être déçu et moi être parfaitement légitime.
L’autre peut ne pas apprécier mon choix et mon choix peut quand même être juste pour moi.
L’autre peut ressentir une frustration sans que je sois obligée de supprimer cette frustration à sa place.
Cela ne veut évidemment pas dire que tout est permis au nom du fameux « je fais ce que je veux ».
Une limite n’est pas une arme.
Dire « tu n’as pas le droit de me parler comme ça » n’est pas la même chose que dire « je ne souhaite pas poursuivre cette conversation si nous nous parlons de cette manière ».
Dans le premier cas, je cherche à contrôler l’autre.
Dans le second, je prends la responsabilité de ce que moi, je choisis de faire.
Et c’est précisément là que la relation à soi rencontre la relation aux autres.
Parce que finalement, poser ses limites n’est pas seulement une compétence de communication.
C’est aussi une question de connaissance de soi.
Qu’est-ce qui est important pour moi ?
De quoi ai-je besoin ?
Qu’est-ce qui me convient ?
Qu’est-ce qui ne me convient plus ?
Qu’est-ce que j’accepte par choix et qu’est-ce que j’accepte par peur ?
Est-ce que je dis oui parce que j’en ai réellement envie ou parce que j’ai peur de la réaction de l’autre ?
Est-ce que je rends service par générosité ou parce que j’ai besoin d’être indispensable ?
Est-ce que je garde le silence parce que je choisis de ne pas entrer dans le conflit ou parce que je ne m’autorise pas à exprimer mon désaccord ?
Ces questions sont parfois beaucoup plus inconfortables qu’un simple « apprenez à poser vos limites ».
Parce qu’elles nous ramènent à nous.
Et c’est justement ce qui m’intéresse dans l’accompagnement émotionnel et relationnel.
Je ne crois pas que notre objectif soit de devenir des êtres parfaitement sûrs d’eux, capables de dire non à tout le monde, de ne jamais culpabiliser et de vivre entourés de personnes qui comprennent toujours nos besoins du premier coup.
Ce serait bien pratique, mais probablement assez ennuyeux. Et surtout, totalement irréaliste.
Nous sommes des êtres humains. Nous avons des émotions, des contradictions, des fragilités, des besoins différents et parfois des réactions qui nous surprennent nous-mêmes.
L’enjeu est plutôt d’apprendre à mieux nous comprendre pour pouvoir prendre notre place dans nos relations avec davantage de conscience.
Comprendre ce qui se joue en nous.
Identifier nos besoins.
Faire la différence entre une émotion et une responsabilité.
Apprendre à communiquer sans attaquer ni nous effacer.
Exprimer une demande plutôt qu’attendre que l’autre devine.
Poser une limite sans chercher à punir.
Accueillir la frustration sans immédiatement chercher à la faire disparaître.
Et surtout, arrêter progressivement de confondre être une personne bienveillante avec être une personne qui s’oublie.
Parce que non, prendre soin de soi n’est pas forcément égoïste.
Et prendre soin des autres ne devrait pas systématiquement nécessiter de se sacrifier.
Une relation saine ne repose pas sur l’absence de frustration, de désaccord ou de conflit. Elle repose aussi sur la capacité de chacun à exister pleinement dans la relation.
Avec ses besoins, ses limites, ses émotions, ses envies, ses désaccords et ses fameux « non » qui, finalement, peuvent parfois être beaucoup plus respectueux qu’un « oui » donné à contrecœur.
Alors, la prochaine fois que vous vous surprendrez à penser : « Pourtant, je sais très bien ce que je veux… mais je n’arrive pas à agir en fonction de ce que je sais », ne vous précipitez peut-être pas pour conclure que vous manquez de confiance en vous.
Posez-vous plutôt cette question : « Qu’est-ce que j’ai peur de provoquer chez l’autre si je me respecte vraiment ? »
La réponse pourrait bien vous apprendre beaucoup plus de choses sur vous que vous ne l’imaginez.
Et peut-être vous permettre, petit à petit, de passer d’une vie où vous essayez d’être à la hauteur des attentes de tout le monde… à une vie dans laquelle vous pouvez enfin être pleinement à votre juste place.
Si vous avez besoin d'être accompagné.e sur ce chemin contactez moi.
Marina Galant





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