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À partir de quand y a-t-il tromperie ? Et si chacun avait sa propre définition de l’infidélité ?

il y a 9 minutes
7 min de lecture

À partir de quand peut-on dire qu’il y a tromperie ? Quand on embrasse quelqu’un d’autre ? Quand on couche avec quelqu’un d’autre ? Quand on échange des messages un peu trop complices ? Quand on commence à raconter à une autre personne ce qu’on ne raconte plus à son conjoint ? Ou quand on passe trois mois à écrire à une jeune femme rencontrée sur les réseaux sociaux… même sans jamais l’avoir rencontrée dans la vraie vie ?

La question paraît simple. En réalité, elle ne l’est pas du tout.

Parce qu’il n’existe pas vraiment de définition universelle de la tromperie. Et c’est précisément là que les choses deviennent intéressantes.


« Mais enfin, il ne s’est rien passé ! »

Une cliente est venue me consulter après avoir découvert que son mari entretenait depuis plusieurs mois des échanges épistolaires avec une jeune femme. Il n’y avait pas eu de rencontre physique, pas de relation sexuelle, pas même de véritable rencontre, finalement. Mais il y avait beaucoup de messages, une forme de complicité et surtout, chez ma cliente, un très fort sentiment de trahison.

Elle était en colère, blessée, déçue. Et elle avait besoin de comprendre ce qui se passait en elle, mais aussi de savoir quoi faire de ce qu’elle venait de découvrir.

Parce qu’il y a une phrase que l’on entend souvent dans ce genre de situation : « Mais enfin, il ne s’est rien passé ! »

Et c’est là que j’ai envie de faire une petite distinction.

Il est possible que, factuellement, il ne se soit rien passé « physiquement ». Mais cela ne signifie pas pour autant que la personne en face ne puisse pas se sentir trahie.

Ce qui fait mal n’est pas toujours uniquement ce qui s’est passé. C’est aussi ce que cela représente.

Pour ma cliente, son mari avait créé avec une autre femme un espace d’intimité qui, selon elle, appartenait à leur couple. Et pour elle, cette limite avait été franchie.

Pas nécessairement une règle universelle du couple. Une règle de leur couple.

Et cette nuance est fondamentale.


Tromper, ce n’est pas forcément coucher avec quelqu’un d’autre

Nous avons parfois une vision très binaire de l’infidélité : s’il y a eu quelque chose de sexuel, il y a tromperie ; s’il n’y a pas eu de sexe, alors « ce n’est pas vraiment grave ».

Sauf que la réalité des relations humaines est évidemment beaucoup plus complexe que cela.

On peut être blessé par un baiser, par une relation sexuelle, mais aussi par des conversations intimes, une complicité particulière, des messages envoyés en secret, des confidences, une séduction entretenue ou simplement par le fait que son partenaire investisse ailleurs une énergie émotionnelle que l’on pensait appartenir à la relation.

Et inversement, certains couples ont des accords très différents des normes habituelles.

Ce qui serait vécu comme une catastrophe absolue dans un couple peut être parfaitement acceptable dans un autre.

Alors, où est la limite ?

Elle se définit à deux.


Le contrat amoureux que nous n’avons jamais signé

C’est un sujet que j’aborde régulièrement dans mes accompagnements : nous entrons dans une relation avec tout un tas de règles… que nous n’avons généralement jamais pris le temps de définir.

Nous imaginons que l’autre pense comme nous. Que certaines choses sont « évidentes ». Qu’il sait ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas. Qu’il devrait naturellement comprendre que répondre à un message sur Instagram n’est pas la même chose qu’échanger quotidiennement avec quelqu’un dans une forme de séduction.

Sauf que… évident pour qui ?

Pour vous ? Pour lui ? Pour votre meilleure amie ? Pour votre couple ?

Nous avons tous nos propres représentations de la fidélité, de la liberté, de l’intimité et de la loyauté.


Alors peut-être qu’un couple gagnerait à avoir cette conversation avant que le problème arrive : qu’est-ce qui, pour nous, constitue une trahison ?

Est-ce que flirter avec quelqu’un est acceptable ? Et envoyer des messages tous les jours ? Et regarder du contenu sexuel ? Et avoir une conversation intime avec une personne rencontrée en ligne ? Et supprimer les messages ? Et cacher une relation ? Et tomber amoureux ?

Il n’y a pas forcément une bonne ou une mauvaise réponse. Il y a surtout une réponse qui correspond… ou non… à ce que nous avons décidé ensemble.


Mais attention à ne pas inventer l’histoire à la place de l’autre

Lorsque nous sommes blessés, notre cerveau a parfois une extraordinaire capacité à compléter les blancs.

Un message devient une preuve. Un silence devient un aveu. Une notification devient le début d’une double vie. Et notre imagination, elle, travaille bénévolement. Sans limite horaire. Sans RTT.

Dans la situation de ma cliente, nous avons justement travaillé sur cette tendance à faire des suppositions. Parce qu’entre « je sais ce qu’il s’est passé » et « j’imagine ce qu’il s’est passé », il y a parfois un monde.

Et ce monde mérite d’être exploré avant de condamner, d’accuser ou de construire tout un scénario.

D’ailleurs, après qu’elle m’a expliqué les échanges de son mari et le fonctionnement de cette relation virtuelle, je lui ai fait part d’une hypothèse : et si cette personne n’était pas réellement celle qu’elle prétendait être ?

Quelques temps plus tard, il s’est avéré que c’était effectivement le cas.

La jeune femme en question était une influenceuse suédoise de 25 ans, dont les photos et l’identité avaient été utilisées dans le cadre d’un faux profil. Son mari s’était fait duper.

Et soudain, la situation devenait encore plus complexe.

Il y avait toujours une femme blessée par ce qu’elle avait découvert. Mais il y avait aussi un homme qui venait de réaliser qu’il avait lui-même été trompé.

Deux personnes blessées. Deux vécus différents. Et certainement beaucoup de choses à comprendre.


Comprendre n’est pas excuser

Attention : comprendre les besoins qui peuvent se cacher derrière un comportement ne signifie pas le rendre acceptable.

Il était possible d’émettre l’hypothèse que le mari de ma cliente avait cherché, à travers ces échanges, de la valorisation, de l’attention, de la reconnaissance ou simplement quelque chose qui venait nourrir un besoin chez lui.

Cela peut aider à comprendre. Mais comprendre n’efface pas les conséquences.

Une explication n’est pas une excuse.

Et c’est une distinction que je trouve fondamentale dans le travail d’accompagnement. On peut chercher à comprendre pourquoi quelqu’un agit comme il agit sans pour autant dire : « Ce n’est pas grave. »

De la même manière, on peut reconnaître que son partenaire a une responsabilité dans ce qui s’est passé sans transformer immédiatement l’autre en « méchant de l’histoire ».

Parce que si nous voulons réellement réparer une relation, il faut sortir du tribunal.


Et la jalousie dans tout ça ?

Ah, la jalousie. Cette émotion que nous aimerions parfois pouvoir désactiver avec un petit bouton « supprimer les notifications ».

Sauf qu’elle est là pour quelque chose.

La jalousie peut parler de nous : de nos blessures, de notre peur de ne pas être assez, de notre peur d’être abandonnée, de nos expériences passées ou encore de notre manque de confiance en nous. Elle peut aussi révéler notre besoin de sécurité dans la relation.

Mais attention à ne pas tomber dans l’autre extrême : « Si je suis jalouse, c’est forcément que j’ai un problème à régler. »

Non.

Parfois, la jalousie est aussi réveillée par un comportement réel de notre partenaire. Si quelqu’un franchit une limite que nous avions clairement définie ensemble, il est assez logique que cela provoque quelque chose.

Le travail n’est donc pas forcément de devenir une personne tellement « évoluée » qu’elle ne ressent plus rien. Le travail peut être de se demander : qu’est-ce que cette situation vient toucher chez moi ? Qu’est-ce qui, concrètement, m’a blessée ? Quelle limite a été franchie ? Cette limite avait-elle été clairement exprimée ? Est-ce que je réagis à des faits ou à des suppositions ? Et surtout : de quoi ai-je besoin maintenant ?


Refaire le contrat du couple

Parfois, une crise de couple vient simplement mettre en lumière quelque chose que l’on n’avait jamais vraiment défini.

Alors plutôt que de chercher uniquement « qui a raison ? », il peut être beaucoup plus intéressant de se demander : « Quelles sont désormais nos règles ? »

Peut-être que ce qui était acceptable hier ne l’est plus aujourd’hui. Peut-être qu’un couple doit redéfinir ses frontières. Peut-être qu’il faut parler de transparence, de réseaux sociaux, de relations avec d’autres personnes, d’intimité émotionnelle, de séduction ou de sexualité.

Et surtout, il faut pouvoir dire : « Voilà ce qui est acceptable pour moi. Voilà ce qui ne l’est pas. Et j’ai besoin de savoir ce qui est acceptable pour toi. »

Ce n’est pas très glamour. Ce n’est pas exactement la conversation que l’on rêve d’avoir un soir devant un coucher de soleil avec un verre de rosé.

Mais c’est probablement beaucoup plus utile.


Finalement, la vraie question n’est peut-être pas « Est-ce qu’il m’a trompée ? »

Parce qu’il y a une question encore plus intéressante : « Est-ce que ce que nous vivons correspond au couple que nous avons envie de construire ? »

La nuance est importante.

Car derrière la colère, la jalousie ou le sentiment de trahison, il y a souvent des besoins : besoin de sécurité, de reconnaissance, de respect, de confiance, d’exclusivité, de liberté ou simplement de se sentir choisi.

Et parfois, ce que nous découvrons dans une crise de couple n’est pas seulement quelque chose sur l’autre. C’est aussi quelque chose sur nous : sur nos limites, nos blessures, nos attentes, notre manière d’aimer et sur ce que nous acceptons… ou n’acceptons plus.


Alors, à partir de quand y a-t-il tromperie ?

Peut-être à partir du moment où l’un des deux considère qu’une limite importante a été franchie.

Mais surtout, à partir du moment où cette limite n’a pas été respectée alors qu’elle avait été clairement posée.

Et c’est justement pour cela qu’il est si important de parler de ces choses-là avant d’en arriver à devoir les réparer.


Et vous, où placez-vous la limite ?

Pour vous, à partir de quand commence la tromperie ? Un baiser ? Une relation sexuelle ? Des messages quotidiens ? Une relation virtuelle ? Une intimité émotionnelle ? Ou le secret lui-même ?

Il n’y a peut-être pas une seule bonne réponse. Mais il y a certainement une conversation que beaucoup de couples gagneraient à avoir.

Et si vous traversez une situation qui réveille chez vous de la colère, de la jalousie, de la peur ou un profond sentiment de trahison, vous n’avez pas forcément besoin de décider immédiatement quoi faire de votre couple.

Vous pouvez déjà commencer par comprendre ce que cette situation provoque en vous.

C’est précisément ce que nous faisons dans mes accompagnements : apprendre à mieux se connaître, mettre des mots sur ce qui se joue, distinguer les faits des suppositions, identifier ses besoins et ses limites, pour retrouver davantage de clarté et de paix intérieure.


Parce que parfois, le plus difficile n’est pas de comprendre ce que l’autre a fait.

C’est de comprendre ce que cela vient réveiller en nous.

Et ça, vous pouvez apprendre à le comprendre.


Marina GALANT Experte Émotionnelle et Relationnelle


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